Souvenirs de jeunesse 2 – Les animaux 2

Lasagne, notre gros lapin blanc ,vécut 9 ans . Je le laissais parfois se promener dans le couloir de l’appartement après avoir enfermé les chats, car les chats agressent volontiers les lapins. Il passait ses journées à regarder par la fenêtre, juché sur une chaise et aux beaux jours allait s’étendre de tout son long sur le balcon. Comme les chats, il avait une litière et se montrait très propre. Il n’avait besoin que de câlins et, lorsque je lui montais son repas d’herbes fraîches aromatiques, il me lèchait les chevilles et ronronnait de plaisir. Car un lapin ronronne ! la première fois que je l’ai entendu, je n’en croyais pas mes oreilles. Mais de toute évidence, Lasagne savourait son bonheur d’être libre et en sécurité et savait nous le dire . Chez nous, c’était une arche de Noé. En plus de  notre épagneul breton, Fulmine, dont le nom était copié sur celui du chien de Don Camillo, j’hébergeais une chatte croisée siamoise baptisée Marlowe, qui s’était imposée chez nous une veille de vacances et un petit chat angora, Michou, d’une douceur et d’une souplesse exceptionnelles trouvé dans la haie du jardin.  De plus, sur la pelouse, une dizaine de chats sauvages se prélassaient chaque matin et chaque soir, en attendant leur pitance. Ils partageaient leurs gamelles avec une armée de hérissons qui leur mordaient les chevilles pour pouvoir approcher de la « sainte table ». La vue de ces animaux me relaxait. Matin et soir, j’étais attendue par des êtres aimables et non agressifs, ce qui me changeait de l’ambiance du travail où les services de gestion que je dirigeais étaient constament en butte aux critiques et aux revendications plus ou moins justifiées. Ici, les revendications étaient faciles à satisfaire et la reconnaissance était visible dans les yeux de mes protégés. Il est un fait assez notable pour être signalé c’est qu’aucun des animaux que j’ai recueilli n’a tenté de s’enfuir à quelque moment que ce soit. Le chien dormait sur un lit de toile au pied de mon lit et chacun des chats avait son espace et son panier. mais le plus gâté était Lasagne, le lapin, qui disposait d’une vaste chambre où il pouvait donner libre cours à son énergie . Dans les moments critiques où je me trouvais dans le trente-sixième dessous, je ne pouvais me tourner que vers les animaux. Mes enfants étaient devenus de grands adolescents qu’il fallait bien souvent encadrer et recadrer , mon mari était aux abonnés absents, absorbé par son travail et son ambition carriériste et il me fallait trouver  en moi la force et la volonté de tout mener de front, travail ingrat, présence auprès des enfants, gestion de la maison . Alors, prenant exemple, sur François d’Assise, je parlais aux animaux, pour ne pas dire que je parlais toute seule…

Un matin où je fumais ma dernière pipe de « clan » avant d’aller au travail, j’aperçus sur la pelouse une tourterelle immobile. Plusieurs chats l’entouraient déja et je me précipitai pour les chasser. Je revins vers la maison pour chercher une cage à chats, mais je me parvenais pas à approcher l’oiseau d’assez près pour le pousser dans la cage. Je fis appel à Samira,une jeune femme  qui travaillait en cuisine dans l’établissement et qui vint immédiatement me prêter main forte pour sauver Gontrand . Samira réussit à écarter les branches de la haie et à saisir Gontrand qui avait les ailes coupées. Gontrand…, c’est ainsi que j’avais appelé la tourterelle et c’est ce nom qui figurait sur les papiers que je fis faire par un vétérinaire avant que ma fille n’emporte l’oiseau et la cage à la Ligue de Protection des Oiseaux. Gontrand avait passé 48 heures sur le rebord de la fenêtre de mon bureau, content d’être en cage au soleil et en sécurité.

Quelques années plus tôt un autre petit oiseau avait eu moins de chance. Il était tombé du nid et je l’avais recueilli dans la rue. Mais il était mort entre mes mains car je n’avais pas réussi à le nourrir. Il n’y a rien de plus triste qu’un être qui meurt sans que l’on puisse intervenir. Les cris de détresse du petit être sont déchirants et m’ont à chaque fois, profondément bouleversée. J’avais pleuré à chaudes larmes le tout petit épagneul trop tôt sevré que des êtres inhumains avaient arrachés à sa mère et qui avait hurlé une nuit entière avant de s’éteindre brusquement. J’en fus malade physiquement et moralement pendant plusieurs jours.

Dans mon entourage professionnel, mon amour des animaux était incompris. d’ailleurs mes fonctions ne m’attiraient pas la sympathie de grand monde, sauf peut-être de l’équipe ouvrière que je dirigeais et c’est grâce à mes protégés que je pouvais me ressourcer et supporter le stress quotidien. Lorsque je fus mutée en province les chats sauvages furent tous capturés, stérilisés et envoyés dans un refuge où ils disposaient d’un grand espace . Je n’avais pas le choix, ne pouvant pas les garder  près de moi. Mon nouveau logement de fonction était un appartement très spacieux où mon chien , mes deux chats et Lasagne le lapin eurent chacun leur espace . Mais Lasagne vieillissait et fut emporté par un corysa, puis, à son tour, Fulmine le chien rendit son dernier soupir. Je pris la décision de ne plus avoir de chien car c’était très contraignant de le sortir et ses besoins ne correspondaient pas toujours au timing imposé par le travail et les réunions. Et lorsque ma fille me téléphona qu’elle avait trouvé un petit chien en bordure d’autoroute,et qu’elle me demanda de l’accueillir, je lui  opposai un refus catégorique. Elle avait de bonnes raisons de ne pas garder ce petit chien dans son studio minuscule d’Alfortville où l’animal restait seul des journées entières. Elle insistait lourdement sur le manque de confort de son appartement et la présence de ses 3 chats. Nous nous mîmes d’accord pour qu’elle vienne me rendre visite un  dimanche , avec son mari et le petit chien. Mon mari ne voulait pas entendre parler de l’adoption d’un chien, mais malgré ça, dès l’arrivée du petit chien blond, il le prit dans ses bras et l’emmena devant un miroir en lui disant ; « tu vois, là, c’est Gigi et Papa! ». J’ai su que c’était gagné et que Gigi allait rester avec moi pour le reste de ses jours. Je lui achetai un petit manteau de laine rouge et, ensemble, nous avons sillonné le département pendant mes jours de congés. Il m’accompagne encore partout et, même s’il voit moins bien et si l’ouïe est moins fine, il sait quand je vais sortir . Son grand plaisir c’est de se promener en voiture. Les dernières années de travail, il m’attendait des demi-journées entières sur la banquette arrière de la voiture stationnée à l’ombre. Il disposait de croquettes et d’une petite cuvette d’eau. Je le sortais sur l’heure du déjeûner et le soir avant de reprendre la route pour rentrer. Une dame, inquiète de voir ce petit chien abandonné dans une voiture en stationnement, me guettait un soir, prête à appeler la police pour délivrer Gigi qui ne demandait rien à personne, car il ne pleure jamais quand il est en pays connu. Elle fut rassurée de me voir arriver et je l’ai chaudement remerciée pour sa sollicitude. Il y a tant de gens indifférents ! Mais après Gigi, promis, juré, je n’aurai plus de chien…

Avant de quitter mon avant dernier poste, j’avais emporté dans mes bagages une grande et magnifique chatte gris perle aux yeux verts qui erraient depuis un an dans les espaces verts alentours et qui interpellait les passants en miaulant désespérément. Je la nourrissais chaque soir et quand vint le moment du départ, je me fis aider par Richard, le Maître Ouvrier, pour la mettre en cage. J’avais aussi recueilli une autre petite chatte européenne qui pleurait de faim sous mes fenêtres ,elle était  trop petite pour chasser et sans domicile fixe. Je revins donc vers la Bretagne avec Gigi sur le siège avant et quatre chats sur la banquette arrière. Tout ce petit monde stérilisé et tatoué se retrouva dans le jardin. Mais Myriam et Ninon, les deux chattes adoptées récemment, ne s’entendaient pas et Myriam disparut un beau jour. Je désespérais de la revoir lorsque je reçus un appel inattendu. Une jeune femme l’avait trouvée et identifiée grâce à sa puce électronique et se proposait de me la rendre. Au tremblement de sa voix je compris qu’elle s’y était déja attachée et je lui proposai à mon tour de la lui laisser et de lui envoyer le carnet de vaccinations et tous les papiers prouvant l’adoption. Je venais de rencontrer ma grande amie Sterenn chez qui Myriam, rebaptisée Moumoune, coule des jours heureux.

Maintenant ,Marlowe et Michou sont morts à un mois d’intervalle et Ninon reste seule dans notre grande maison avec Gigi . Un nouveau chat sauvage est venu chercher fortune à notre porte mais préfère vivre dans un pot de fleur en terre cuite plutôt que dans la maison. Il reste donc dehors…Cette fois, c’est promis, juré, je n’aurai plus de chat…

Pourrai-je tenir parole ?

3 réflexions sur “Souvenirs de jeunesse 2 – Les animaux 2

  1. Bonjour
    Très Jolie récit qui m’a beaucoup touché ; j’ai vraiment ressenti l’amour que vous avez pour les animaux.
    Merci pour cet agréable moment.
    Paix et sérénité,
    Patrick

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  2. On dit toujours qu’on ne prendra plus d’animaux. Mais une dame que je connaissais a vécu jusqu’à 93 ans car elle avait comme but de promener son caniche sur les quais…Du jour où il a disparu, elle a disparu aussi…

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