Souvenirs de jeunesse- Le monde du travail 3 –

L’ équipe des agents d’entretien était composée de quatre ou cinq femmes qui, chaque jour, nettoyaient les classes et participaient au service de restauration et à la plonge. Leur travail était difficile, car les planchers devaient être balayés et brossés à la force du poignet et les vieilles tables devaient être astiquées chaque jour et débarrassées des nombreux chewing-gums dont les élèves se débarrassaient en entrant en classe. Au collège D. l’ambiance était très familiale et, malgré le manque de confort, les personnels étaient très soudés. Cependant, il manquait vraiment dans l’équipe un Ouvrier professionnel , que malgré tout son sérieux et sa bonne volonté, monsieur B. ne pouvait pas incarner. De plus, à la Direction, les Chefs d’établissement se succédaient , les plus capables partaient rapidement avec une promotion et les plus nuls rendaient la gestion particulièrement compliquée. Il m’arriva fréquemment d’exposer un problème à un Chef d’établissement pour obtenir son avis et de ressortir de son bureau avec mon problème sous le bras ! si je trouvais la bonne solution, c’était tout à l’avantage du Principal et si je me trompais , c’était de ma faute bien entendu…Le turn-over de la Direction et des Adjoints faisait de moi l’élément stable et la mémoire de l’établissement.

Vint le jour où, après avoir reçu de ma part plusieurs rapports alarmistes et prenant conscience des risques croissants d’effondrement des bâtiments, le Conseil Général et la Mairie se mirent d’accord pour reconstruire le Collège. Les travaux commencèrent à une centaine de mètres de l’ancien collège et je devais participer aux réunions de chantier tout en gèrant l’ancienne structure. De surcroît, il fallut penser au futur déménagement, mettre à jour les inventaires, passer les commandes de mobiliers et organiser le futur service de demi-pension qui deviendrait autonome. C’était un travail énorme et mes journées n’en finissaient pas, car en rentrant chez moi, je devais encore résoudre les problèmes des enfants et gèrer la maison. J’aurais dû pouvoir compter sur l’aide de la Direction, mais le manque d’expérience du Principal de cette époque m’a porté préjudice et je devais faire face à un travail de romain. Je restai tout un mois de juillet caniculaire, seule, pour faire les inventaires du mobilier et, préparer la rentrée scolaire suivante .Je tombai malade car avec la chaleur, je m’ étais déshydratée , et j’en souffris beaucoup.

Pour pouvoir disposer des crédits versés avant le 31 décembre de l’année civile, j’avais du passer de grosses commandes de meubles et de matériels qui avaient été livrés alors que le collège n’était pas achevé. C’est ainsi que plusieurs lots de couverts pour la demi-pension avaient disparu à la veille de Noël. Le premier de mes soucis fut d’aménager l’atelier de l’Ouvrier d’entretien et la salle des Agents, afin que les Personnels soient prêts pour la mise en route du collège sitôt que la Commission de sécurité serait passée.

Monsieur B. fut très content de son nouvel atelier et prit des initiatives pour l’aménagement des classes. Un jour où je me rendis au sous-sol sur l’invitation dun Chef de cuisine, je trouvai notre OP qui faisait de la peinture et je poussai un cri d’horreur! monsieur B. peignait une planche en bleu ciel et pour plus de commodité avait posé la planche sur le chariot contenant le linge blanc de la cuisine ! une fois encore, il ne comprit pas où était le problème…les femmes ça s’énerve pour rien! alors, pour me faire plaisir, il arrêta son travail d’artiste et, au lieu de tremper ses pinceaux dans de l’essence de thérébentine, il les lava dans l’évier tout neuf et les secoua sur le sol de l’atelier, le constellant d’étoiles de peinture multicolores. Rien ne lui résistait  ni la tondeuse, ni les toutes nouvelles clés de sécurité pour le bon fonctionnement desquelles il huila toutes les serrures fonctionnant à la poudre de graphite et surtout pas les robinets que, grâce à sa force phénoménale il cassait régulièrement ..il devenait un danger et un nouveau rapport alarmiste fut envoyé au rectorat .

Malheureusement , monsieur B. n’était pas le seul phénomène de l’équipe. Il faut dire qu’à cette époque, les établissements étaient invités à embaucher un bon nombre de CES pour faire baisser la courbe du chômage et l’équipe s’etoffa jusqu’à compter une quinzaine de Personnels de service. Parmi ceux-ci, il y avait un jeune homme originaire de Haïti, gentil et doux, désireux de bien faire, auquel j’avais confié l’entretien des salles du deuxième étage. Il se montrait très prévenant envers les femmes les plus âgées de l’équipe et tout laissait supposer que ce jeune homme finirait par s’intégrer dans un emploi. Hélas, un évènement inattendu mit fin à mes illusions. Comme dans toutes les collectivités, l’entretien des matériels se faisait sur contrats et, ce jour là, c’était le tour de la vérification des installations de sécurité. Un Technicien se présenta pour vérifier les extincteurs que les élèves vidaient ou, du moins, dégoupillaient régulièrement. Il connaissait le bâtiment par coeur et faisait son travail très sérieusement; inutile donc que je l’accompagne…Puis, il testa les portes coupe- feu dont la commande se trouvait à la loge en rez-de-chaussée. Je lui donnai mon aval pour faire ces tests, profitant du fait que les élèves étaient en classe. Je restai donc à la loge pour actionner le dispositif pendant que le Technicien passait dans les étages pour s’assurer que tout avait bien fonctionné. Tout à coup, j’entendis des hurlements dans le grand escalier et le bruit d’une cavalcade. Inquiète, je me dirigeai vers le fond du couloir, lorsque je vis arriver le Technicien poursuivi par le jeune Haïtien qui tenait un couteau à la main. J’eus beaucoup de mal à arrêter ce dernier qui était en proie à une véritable crise de folie, et je mis du temps à en comprendre le motif. Il avait eu très peur, lorsque toutes les portes coupe-feu s’étaient refermées tout à coup, comme par enchantement et il y avait vu un signe du diable ! lorsque le pauvre Technicien apparut pour réouvrir les portes du deuxième étage, il se précipita sur lui avec son couteau, prêt à lui trancher la gorge pour conjurer le mauvais sort et ce dernier ne dut son salut qu’à la fuite.

Je dus licencier définitivement le jeune Haïtien car, peu maître de ses actes, il représentait un danger pour les élèves. Je ne revis jamais le technicien dans le Collège...

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