Souvenirs de jeunesse -Le monde du travail 5

On entend souvent critiquer les Fonctionnaires et, lorsque tout va mal, on en fait des boucs-émissaires en oubliant que , lorsque tout allait bien, on les méprisait un peu et on ironisait sur leurs petits salaires. J’ai pu constater aussi, au fil des années que l’on confond souvent les Fonctionnaires d’Etat (Education Nationale, Gendarmerie, Hôpitaux etc…) avec les assimilés fonctionnaires qui exercent dans les grandes entreprises para-publiques (SNCF, EDF etc…). Leurs statuts sont très différents.  Ces derniers cumulent en effet les avantages de la Fonction Publique et les avantages pécuniaires du Privé, alors que les Fonctionnaires d’Etat, soumis à des statuts ministériels,  cumulent bien peu d’avantages.

Il fut une époque, en particulier celle qui suivit le premier choc pétrolier, où la Fonction Publique d’Etat épongea les premiers dégraissages du Privé. On vit arriver dans les Rectorats et les Inspections académiques, tout comme dans les établissements scolaires, des gens dont le Privé ne voulait plus et qui n’avaient aucun sens du service public. Contrairement aux idées reçues, les fonctionnaires de l’Administration ont un sens aigu du service public. Cela consiste à savoir s’impliquer dans un travail souvent peu rémunérateur, à ne pas compter ses heures lorsque c’est nécessaire, à faire preuve de patience envers les Administrés et à les aider à faire valoir leurs droits. Certains lecteurs de ce blog vont ricaner en pensant que de tels fonctionnaires sont des perles rares introuvables…Mais  ils ont tort car, malgré un recrutement pléthorique d’agents peu performants, la Fonction Publique a surnagé grâce à ses cadres qui ont travaillé d’arrache-pied depuis des décennies pour maintenir l’Administration en état de marche. Comme dans le Privé, un Cadre n’est pas payé pour faire des heures, mais pour mener à bien une ou plusieurs tâches et se tenir à la disposition du Public. Le problème est de savoir qui fait partie du public. Trop souvent, en effet, le Personnel Enseignant considère que l’Administration de l’Education Nationale est à son service,par exemple, alors qu’il fait partie lui aussi de cette même Administration. Le public, ce sont les élèves et les Parents d’élèves en priorité . les autres Fonctionnaires sont des Collègues, tout simplement.

Dans les établissements scolaires, il y a donc deux catégories de Fonctionnaires, les Enseignants et les Administratifs dont les intérêts divergent assez souvent. Les Enseignants ont à coeur de rendre leur travail intéressant pour eux et pour leurs élèves et pestent contre les administratifs qui brident les projets pédagogiques en exigeant une extrême rigueur dans les budgets . De leur côté, les Administratifs grognent contre le manque de réalisme des Enseignants qui ont tendance à ignorer volontairement ou non la situation financière des familles et de l’établissement . Organiser un voyage à l’étranger c’est bien et très intéressant du point de vue pédagogique, mais solliciter des familles qui n’arrivent pas à payer un repas par jour à leurs enfants, ça relève de l’inconscience. Combien de Parents d’élèves savent que les accompagnateurs de voyages scolaires ne paient pas leur participation et que les frais sont répartis entre les élèves participants ? en tout cas il en était ainsi jusqu’à une époque très récente et je me suis toujours élevée avec force contre cette gratuité. Sans méconnaître le travail de l’Enseignant et sa responsabilité dans le cadre du voyage ou de la sortie scolaire, j’ai toujours considéré que l’Enseignant percevait déja des heures supplémentaires censées compenser le travail fourni et qu’un double paiement ne s’imposait pas; l’Agent Administratif, lui, quelle que soit sa catégorie, perçoit une allocation forfaitaire ,qui est loin de compenser sa charge de travail.

il fut donc un temps où le recrutement des Chefs d’établissement posait problème, car un Chef d’Etablissement Secondaire est avant tout un Enseignant qui passe de l’autre côté de la barrière et qui doit suivre lui même et imposer à ses Collègues les règles de l’Administration. Il est Ordonnateur des dépenses et des Recettes et peut rapidement se transformer en petit despote au sein de son établissement. A l’époque dont je parle, le Ministère nommait dans les fonctions de Principal ou de proviseur tous les Professeurs caractériels qui posaient problème dans les classes. Autant dire que le personnel Administratif souffrait souventde l’incompréhension de sa hiérarchie.

Lorsque je rejoignis le monde du travail, j’eus l’occasion de croiser bon nombre de Proviseurs et de Principaux. Leur niveau d’études et leur capacité d’adaptation à l’emploi étaient très divers. Le premier Proviseur du grand Lycée parisien où j’avais été nommée était un homme brillant. Cet agrégé de Lettres classiques était un puits de culture et de finesse et son humanité était infinie. C’était un plaisir de travailler sous les ordres d’une telle personne. Malheureusement, son successeur représenta sa parfaite antithèse, hautain, méprisant, imbu de sa personne et très autoritaire, il donnait de sa fonction une piètre image et les Personnels exerçant sous ses ordres vivaient dans une ambiance de paranoïa constante. Ma mutation fut la bienvenue, car il m’avait choisie comme Secrétaire particulière, pauvre de moi! rôle dont je me serais bien passée, même si dans l’esprit de tous, il m’avait fait un grand honneur en me choisissant. Il avait été nommé Proviseur grâce à des relations haut-placées, mais n’arrivait pas à la cheville de ses Professeurs de classes préparatoires. L’année où sa fille ainée passa le bac.tous les Personnels administratifs prièrent pour sa réussite, sachant qu’en cas d’échec, le courroux du père se déverserait sur ses subalternes

L’année suivante,  je fus nommée Secrétaire d’Administration au collège P., dont le Principal était un grand original, Musicien nerveux et parfois coléreux,mais d’emblée je ressentis en lui une extrême sensibilité cachée sous des dehors ombrageux. Sa grande intelligence et sa sagacité, sa capacité d’analyse des situations difficiles éclipsaient ses allures fantaisistes et , somme toute, notre collaboration fut efficace et basée sur la confiance. Je restai quatre ans au collège P et j »avais à peine dépassé la trentaine lorsque je devins Attachée Gestionnaire d’Etablissement scolaire. Le grade de l’époque était Attaché d’Administration Scolaire et Universitaire, mais j’avais choisi d’exercer dans le second degré pour pouvoir offrir à mes enfants un cadre de vie et d’études épanouissant. Je mettais donc un frein à ma carrière pour favoriser ma famille.

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