Souvenirs de jeunesse- le monde du travail 6

Lorsqu’au bout de quatre années de Secrétariat de Direction je décidai de changer de cap professionnel, il me sembla logique de me diriger vers la gestion. Je connaissais très bien le fonctionnement des établissements scolaires mais aussi celui des instances supérieures et parallèles, pour avoir exercé au Rectorat et au CNDP. Je fus nommée au collège D., sur la même commune, et j’en fus ravie. Je connaissais mon prédécesseur sur le poste et je savais qu’il me laissait une situation saine. Le Principal m’accueillit fort aimablement. C’était un homme courtois, un peu « vieille France » et plein d’humour. En même temps que moi, un Principal -Adjoint venait aussi d’être nommé et le contraste entre ces deux hommes était saisissant. Cheveux très noirs visiblement teints, talonnettes de six centimètres et voix de stentor, le nouvel Adjoint ne brillait pas par sa culture et encore moins par son humour. Le fait que je sois la seule femme dans une équipe masculine, m’attira de sa part dès l’abord des plaisanteries graveleuses. Le Conseiller d’Education n’était pas en reste. D’ailleurs l’Adjoint et lui se connaissaient de longue date et se plaisaient à se remémorer leurs frasques communes . Leurs méthodes éducatives étaient…particulières . Pour attirer la sympathie et l’admiration des adolescents, le Conseiller d’Education leur montrait sa souplesse en sautant en ciseaux par dessus la grille du collège, leur montrant de ce fait le chemin de la liberté! les élèves qui étaient très observateurs s’étaient rendus compte que le livre que feuilletait le CPE pendant les heures de permanence renfermait un journal dont les photos étaient interdites aux mineurs et s’empressèrent de rapporter ce fait hilarant à leurs Parents. Bien entendu, le CPE nia farouchement et l’incident fut clos. Mais les Surveillants accomplissant la quasi totalité du travail, ce Monsieur s’ennuyait et décida un jour d’installer un téléviseur dans son bureau. Après tout, je n’étais pas chargée de Surveiller le chef des Surveillants et je ne m’en serais sans doute pas aperçue si, un soir, un Agent du Service Général n’était entrée dans mon bureau pour me raconter sa dernière mésaventure. Lors du balayage des bureaux la partie métallique de son balai avait touché un fil électrique à nu qui traînait à terre et il s’en était suivi une étincelle et un dégagement de fumée. L’Agent avait eu très peur. J’allai donc sur place pour voir quel était ce fil qui traînait, prête à incriminer l’Ouvrier d’entretien. En fait, c’était un branchement sauvage fait par le CPE pour son téléviseur planqué dans une armoire en bois ! En quarante ans de métier, je ne me suis mise en colère que deux fois et ce jour là ce fut la première fois. Il était invraissemblable qu’un Educateur puisse mettre en péril la sécurité des biens et des personnes et je ne me gênai pas pour le dire et faire un rapport circonstancié. Je passais pour l’empêcheuse- de- tourner- en- rond, l’enquiquineuse- de- service. On me reprocha ma rigidité lorsque je m’indignais en voyant ce même CPE compter fleurette à un Professeur dans sa voiture au vu et au su des élèves ou lorsque le Principal Adjoint envoyait les élèves lui acheter des glaces au marchand ambulant, alors  qu’ils devaient pour cela traverser un carrefour très fréquenté et dangereux. Ces deux personnages hauts en couleur avaient été recrutés parmi un contingent d’anciens Instructeurs, mais ce qui se pratiquait en Algérie dans les années ’60 était formellement interdit désormais. Ils ne semblaient pas en avoir conscience…

Malheureusement pour moi, le Principal s’en alla. Il avait eu une promotion et fut remplacé par deux jeunes femmes stagiaires qui n’avaient jamais exercé ces fonctions et je me sentis bien seule. Très compétentes toutes les deux, elles tentaient de faire leur trou malgré le barrage fait par l’Adjoint et l’année s’acheva tant bien que mal. A la rentrée suivante, une catastrophe se présenta en la personne d’une nouvelle chef d’Etablissement titulaire. Atteinte de logorrhée elle parlait sans discontinuer, sans se soucier du travail à accomplir. Elle retenait auprès d’elle ses interlocuteurs pendant des heures pour leur raconter sa vie et abordait tous les sujets, sauf celui du travail. Je pris beaucoup de décisions qui étaient de son ressort, sachant très bien qu’au moindre faux pas je pouvais être villipendée, mais je ne pouvais pas prendre le risque de paralyser le Collège. Je l’informais donc après coup de mes prises de position et elle en était ravie. Toutefois, le Professeurs commencèrent à trouver que l’établissement était bancal, car la Direction Pédagogique était inexistante et envoyèrent une délégation exposer leurs doléances à l’Inspecteur d’Académie. Ce dernier décida de venir passer une journée dans le collège . Après avoir parlé avec les Professeurs, il décida de déjeûner au Collège, mais dans les bâtiments préfabriqués, les Personnels déjeûnaient en présence des élèves, dans un réfectoire extrêment bruyant. Pas question d’infliger ça à monsieur l’Inspecteur qui souhaitait parler à notre Principale. Nous avons donc fait servir le repas dans le bureau de la Direction.  Je fus conviée ainsi que le Principal-Adjoint à m’asseoir à la table où l’inspecteur d ‘Académie et madame le principal se regardaient en chiens de faïence. Ni le chef d’établissement ni son Adjoint ne desseraient les dents et l’Inspecteur me parla tout au long du repas, puisque, faisant fi des convenances, madame le Principal s’endormait à table et que son adjoint ne répondait que par onomatopées. Ce fut l’une des réceptions les plus pénibles de ma carrière…A la rentrée suivante, notre Principale fut mutée sur une île !

Cette fois, l’intérim fut assuré par l’Adjoint à la Pédagogie au grand désespoir des Professeurs. pour moi, ça ne changeait pas grand chose, car j’eus dans le bureau voisin une nouvelle adjointe intérimaire qui présentait de gros problèmes de personnalité ! elle ne parlait que de ses problèmes intimes et Dieu sait si elle en avait !à croire que le Rectorat choisissait notre Direction dans le dessous du panier…

Une fois encore Le Principal et l’Adjointe par intérim s’en allèrent à la rentrée suivante.

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