Les visites médicales

Maintenant que je suis sexagénaire, j’ai gardé une sainte horreur des visites  chez les Praticiens de la Médecine, quelle que soit leur spécialité. En remontant le plus loin possible dans mes souvenirs, je suis arrivée au temps où l’on pratiquait encore dans les campagnes, les vaccinations de groupe. Chaque famille recevait une convocation, précisant qu’une équipe médicale serait dans le village tel jour  de telle heure à telle heure et que l’enfant » X » devait se présenter accompagné d’un adulte responsable pour se faire vacciner contre la polio – qui faisait encore des ravages- et diverses autres maladies infantiles.

Ces séances de tortures avaient toujours lieu un jeudi, car c’était le jour où il n’y avait pas d’école et se déroulaient dans une grande salle de l’ancienne Mairie de Guiscriff , sous les combles. Il règnait une chaleur suffocante sous les toits. Au fond de la salle, un médecin à la mine rogue officiait machinalement. Une infirmière qui servait aussi de Secrétaire (ou l’inverse) accueillait ce public spécial et notait le nom des arrivants. Il y avait foule dans les couloirs de l’ancienne Mairie. Généralement, les enfants arrivaient en tremblant, certains que le Docteur allait les faire souffrir, mais prenaient place dans les rangs sans trop d’histoire.L’attente était longue et nous restions debout  en attendant notre tour pendant une heure ou deux. Tout à coup, un hurlement s’élevait. Un enfant moins courageux que les autres n’avait pas supporté l’immense douleur infligée par les bourreaux venus de la ville et voila que les uns après les autres, tous les enfants éclataient en sanglots bruyants et en cris d’orfraies. C’était un concert insoutenable et le médecin avait bien du mal à garder son calme. Les Parents ne savaient plus comment calmer leur progéniture. C’était l’enfer !

Lorsque mon tour venait, je pleurais comme les autres et parfois plus que les autres. Il fallait me dévêtir  l’épaule et le bras gauche (il en allait ainsi pour tout le monde), puis l’infirmière désinfectait sommairement l’endroit prévu pour la piqûre et immédiatement, le médecin injectait le vaccin ou scarifiait le bras . Bien sûr, l’injection était parfois un peu douloureuse, mais pas au point de pleurer pendant deux heures d’affilée et j’étais toute étonnée que ce soit déja fini. Comme j’étais lente, on m’envoyait me rhabiller un peu plus loin dans la salle . Entre deux restes de sanglots , je me mouchais bruyamment et je reniflais à faire pitié.  Je m’habillais du mieux que je pouvais, c’est à dire de travers en général, puis  Mémé et moi nous sortions de la Mairie avec quelques camarades d’infortune et leurs Parents épuisés et nous revenions à petits pas vers la maison. J’avais droit à un goûter copieux pour compenser l’énergie déployée à hurler avant d’avoir mal. Je savais déja que, le lendemain dans la cour de l’école, j’allais pouvoir raconter cette aventure à ceux qui avaient échappé à la séance de vaccination.

Il y avait aussi le médecin scolaire qui passait à l’école une fois tous les deux ou trois ans. Lui non plus, je ne l’aimais pas. Il me vexait chaque année par ses questions incongrues. « Manges-tu à ta faim? », « vas-tu te décider à grossir un peu? » son commentaire final me traitant de « petit gabarit » était insupportable…Lui aussi me renvoyait en classe à demi vêtue sous prétexte que j’étais trop lente à m’habiller. Les grands riaient de me voir ennuyée et mon amour-propre en souffrait. Même la Maîtresse ne venait pas à mon secours et j’en voulais au monde entier !

Depuis ce jour, j’ai dû consulter bien d’autres médecins, hélas ! mais je ne vais les voir que contrainte et forcée. J’ai appris à m’habiller rapidement, heureusement pour moi, mais je vais les voir « à reculons », comme s’ils m’attendaient pour expérimenter leur dernière invention. Je n’ose plus pleurer bruyamment comme autrefois, et pourtant…comme ça m’aurait fait du bien de m’extérioriser ainsi en certaines circonstances !….

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