La maladie

La terreur des Paysans d’autrefois était de tomber malades. La maladie coûtait cher et on n’accordait au médecin qu’une confiance relative. Certes on l’admirait pour son savoir et sa disponibilité, mais il avait une fâcheuse tendance à vous envoyer très rapidement à l’hôpital et chacun savait que l ‘hôpital était  l ‘ anti -chambre de la mort. Personne ne songeait un seul instant que, si le médecin avait été consulté plus tôt, le patient n’en serait pas arrivé là ! pourquoi aurait-on dépensé des « gwennec » sans être absolument certain que l’on couvait quelque chose de grave ?

C’est ainsi qu’une année, ma grand-mère dût être hospitalisée en urgence à la clinique de Gourin, pour avoir trop attendu avant de consulter pour des problèmes gynécologiques. A-t-on idée de se montrer ainsi à un Docteur ?! il fallut toute l’insistance des femmes du voisinage pour que Katell consente enfin à se confier au Docteur Boucher, qui l’envoya immédiatement à Gourin. Le départ fut déchirant. Katell était convaincue de ne jamais revoir les siens et Joseph avait les lèvres qui tremblaient, certain qu’on envoyait sa femme dans un mouroir. Tous deux gardaient en mémoire ce que racontaient leurs parents: les mauvais traitements subis par les pauvres hères livrés aux mains des « bonnes soeurs » qui dispensaient les soins dans des salles communes où ne règnait aucune « privacy » et où l’hygiène était sommaire. Eux, les pauvres qui ne parlaient presque pas le français, avaient entendu maintes fois l’histoire racontée par le cousin Jean Scoazec qui avait du porter assistance en Beauce, à un ami atteint de gastro-entérite. A la « Bonne Soeur » qui lui demandait de quel mal souffrait son ami, Jean ne savait pas quoi répondre en Français, alors il avait opté pour un langage imagé, en espérant être compris. « clicli clacla zort he tilhad, ma soeur ! » avait il expliqué. Ce qu’on pourrait traduire par « clicli clacla, il a sali ses vêtements, ma soeur! » . Peu habituée aux onomatopées bretonnes, la religieuse avait été prise d’un fou rire , ce qui avait vexé les deux amis.

Joseph et Katell n’avaient donc qu’une confiance limitée en la médecine. Allait-on comprendre la malade? allait-elle comprendre ce qu’on allait lui dire ? l’urgence fit qu’elle se rendit quand même à la clinique. Après tout, elle restait en Bretagne. Gourin n’était qu’à quelques kilomètres de Guiscriff et elle trouverait bien quelqu’un pour lui traduire le discours du médecin. En entrant dans la clinique,Katell fut très surprise de l’accueil aimable qui lui fut réservé et la chambre où on la mena n’avait rien à voir avec les chambres dortoirs de jadis. Le confort moderne était arrivé jusqu’à Gourin et la surprise fut totale. Combien allait-elle payer tout ce confort ? « ne vous inquiétez pas, Madame, lui dit l’infirmière, la Sécurité Sociale prendra tout en charge ». De mieux en mieux…..était-ce possible ? Katell était rassurée, elle pouvait maintenant dire son chapelet et se préparer à recevoir l’extrême onction, ce que le Médecin lui refusa.  « vous n’avez donc pas confiance en moi ? » lui dit-il. Katell n’osa pas répondre qu’elle avait encore plus confiance en Jésus Christ et se tut.

L’opération se passa très bien. Dans sa chambre, Joseph l’attendait et, lorsqu’il constata que Katell était vivante, je vis une grosse larme rouler sur sa joue. Pas un mot ne fut échangé entre les deux époux, mais tout l’amour qu’ils ressentaient l’un pour l’autre tranparaîssait dans les regards qu’ils échangeaient.  Pour l’enfant que j’étais alors, il ne faisait aucun doute que ma grand-mère allait survivre à l’opération, mais c’était bien la première fois que je voyais pleurer mon grand-père et j’en fus toute chavirée. La seconde et dernière fois que je le vis pleurer, ce fut lors de mon départ définitif de Guiscriff qui fut un drame pour mes grands -parents comme pour moi.

En quittant la clinique,Katell remercia chaudement toute l’équipe qui avait su la comprendre. Comment n’y avait-elle pas pensé plus tôt ? les infirmières aussi parlaient le breton et ses desiderata étaient exaucés aussitôt, d’autant plus qu’elle n’était pas exigeante. Le « Seigneur » l’avait sauvée, c’était certain et sa foi s’en trouva renforcée pour le restant de ses jours. De son côté, Joseph retrouva le sommeil, sa Katell était revenue saine et sauve. hohoho!! à Gourin il y a de bons Docteurs !!! il allait pouvoir raconter ça à Jean Scoazec  .

4 réflexions sur “La maladie

  1. rien n’est obligatoire et donc je n’ai rien à excuser. J’écris pour mon plaisir et surtout pour transmettre ces écrits à mes petits-enfants. Bonne lecture quand même 😀

    J'aime

    1. Merci Elisabeth. Tous ces souvenirs qui remontent à l’âge « mûr » sont à la fois merveilleux et très lourds à porter. Le fait de les écrire me sert d’exercice de mémoire, de style et de thérapie. Je suis contente que ça vous plaise. Bonne journée. amicalement. Joelle

      J'aime

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s