La kermesse

organisée par la Paroisse de Guiscriff se déroulait chaque année à l’Ecole des Soeurs . La cour de récréation était assez vaste pour accueillir les deux tiers de la population de la commune et il y avait toujours foule. A la fin de son sermon, Monsieur le Curé avait annoncé la date de l’évènement un bon mois avant sa tenue, faisant appel à tous les gens de bonne volonté pour donner un coup de main à la préparation des lieux et pour fournir les différents lots qui devaient récompenser les vainqueurs des nombreuses compétitions. Un haut-parleur grésillant diffusait les commentaires des organisateurs.

 Sur des tréteaux de bois, des volontaires servaient un bol de café, du gâteau breton et des crêpes aux amateurs, ou plutôt aux amatrices, car les hommes préféraient la buvette. La consommation d’alcool n’était pas limitée, mais le prix du verre de vin était suffisamment élevé pour dissuader les messieurs de s’ennivrer. Le Clergé connaissait bien ses ouailles…

Un peu plus loin, les enfants pouvaient acheter des confetti , des bulles, des bonbons etc…tout pour ravir et retenir les enfants qui jouaient pendant des heures.Au milieu de la cour, les organisateurs avaient installé le « lapinodrome », cercle formé de caisses en bois garnies de feuilles de salade. Un malheureux lapin était sommé de sortir de la caisse où il s’était réfugié pour en choisir une autre. Les caisses étaient numérotées et les joueurs avaient acheté un ticket ,espérant que Jeannot Lapin choisirait de se blottir dans la case portant le numéro qu’ils détenaient. Le vainqueur emportait un panier garni de victuailles, une poule ou…un lapin. Je n’aimais pas cette loterie car j’avais toujours pitié du lapin que l’on prenait par les oreilles, ce qui le faisait horriblement souffrir !

D’autres jeux étaient organisés pour les adultes et les enfants: la course en sac avait ses adeptes dont je ne faisais pas partie et les tournois de pétanque se disputaient avec le plus grand sérieux. Ma préférence allait à la lutte bretonne où s’affrontaient les hommes les plus vaillants de la Paroisse et au « gouren » ou jeu du bâton qui était un jeu de force et d’adresse.

Je revenais à la maison avec le sourire, après avoir dépensé mes piécettes du Dimanche en bulles de savon, mais contente d’avoir passé un après-midi festif. Les grands gagnants des gros lots devenaient des célébrités dans le village. Leur nom serait cité à la grand-messe du Dimanche suivant: nul doute que le Saint Esprit avait contribué à leur succès. Dans un village où il ne se passe jamais rien, la kermesse était un évènement très important attendu de tous. La preuve: je m’en souviens encore ! 

Publicités

3 réflexions sur “La kermesse

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s