angoisses enfantines

A cette époque, je devais avoir six ou sept ans .Il devait être un peu plus de 22h ce soir là, lorsque Louisette, notre voisine vint frapper à notre porte. « Viens voir Katell, dit-elle à ma grand-mère, il se passe quelque chose que je n’ai jamais vu. Zell-ta, vois-donc, le ciel est tout rouge ! »

Ma grand-mère sortit précipitamment dans le liorz et, comme je ne dormais pas, je me levai pour la suivre. Nous étions là, en chaussons dans le champ, contemplant l’horizon. Le ciel était rouge sang. Ce n’était pas un simple coucher de soleil, car la nuit était tombée depuis longtemps. Nous restions sans voix. Ma grand-mère dit tout à coup:  » mon Dieu, Louisette, ce n’est pas à nouveau la guerre ?! Le ciel était comme ça lorsque Lorient brûlait sous les bombes, mais maintenant, qu’est-ce qui brûle ? -Je n’ai entendu parler de rien, répondit Louisette, j’espère que ce n’est pas dangereux. On n’entend plus les oiseaux , on ne voit pas la lune non plus ». Il régnait un silence lourd . Je tenais ma grand-mère par la main et je la sentais si peu rassurée que je pris peur.Plus que de la peur, c’était une véritable angoisse irraisonnée, celle que l’on éprouve devant l’inconnu.Le ciel était immense et nous étions désarmées. C’était à la fois très beau et envoûtant et nous nous sentions cernées par la magie de l’univers.

Ma grand-mère, incapable de m’expliquer ce nouveau phénomène me renvoya au lit en me disant « on demandera à l’Instituteur demain; lui, il doit savoir ». Le lendemain matin, à l’école, l’Instituteur nous enseigna  ce qu’était une aurore boréale. Nous en avions une photo dans le livre de géographie, mais personne n’avait fait le lien avec ce que nous avions contemplé.

Un second évènement, qui peut sembler banal, se produisit quelques temps après. Je descendais la route de la gare pour rejoindre ma grand-mère qui travaillait chez un Particulier. Le soir tombait et la rue était déserte. Je chantonnais gaiement lorsque soudain je vis passer à quelques mètres de moi une étoile filante. On m’avait dit qu’il fallait faire un voeu en la voyant, mais on avait oublié de me dire comment mourrait une étoile filante. Soudain , dans le silence du soir, j’entendis le bruit que fait une pierre en tombant. Ce bruit était si proche que je crus un instant que quelqu’un me jetait des pierres et je pressai le pas. Plus d’étoile à l’horizon ni de pierre brillante par terre, il n’y avait personne en vue. Pourtant j’avais la gorge nouée. Du haut de mes sept ans, j’imaginais un monde magique et hostile et je mis quelques années à réaliser ce qu’était une étoile filante.

Depuis ce temps, les phénomènes célestes m’ont toujours passionnés, mais il m’est resté le souvenir de ces grandes angoisses enfantines devant l’inexplicable et le surnaturel.

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2 réflexions sur “angoisses enfantines

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