La musique

« Du plus loin que je me souvienne », comme chantait Barbara, la musique a toujours fait partie de ma vie. Sans radio, sans télévision, sans tourne-disques, nous n’avions pas accès aux chansons Parisiennes à la mode autrement qu’en écoutant chanter ceux que l’on appelait les estivants. On chantait beaucoup dans mes jeunes années, en travaillant, en promenade et en toute occasion. Je n’ai pas reçu d’Education musicale à proprement parler. La vraie musique qui a bercé mon enfance, celle qui, aujourd’hui encore, me prend aux tripes, c’est celle des binious et des bombardes. Mes aïeux ne connaissait qu’elle, avec ses sonorités aigrelettes et son mode mineur qui lui donnent quelque chose de plaintif . La musique de Bretagne, qu’elle soit traditionnelle ou rock (mais oui, ça existe. La langue bretonne s’adapte à tous les styles !) me transporte. On peut railler les défilés folkloriques et les « biniouseries », notre musique et nos danses valent bien celles des Indiens dAmérique ou celles des peuples d’Afrique. Mais il est de bon ton, à Paris , de rejeter les cultures régionales.

Ma grand mère Katell chantait beaucoup et très bien tous les chants traditionnels. De temps en temps elle entonnait aussi « étoile des neiges » de Line Renaud , la seule chanson française qu’elle ait apprise grâce à son fils Jean-François, qui l’avait entendu chanter par des camarades. Chez nous, il n’y avait pas de conservatoire, mais il y avait des choeurs magnifiques. Le Maître de chant était incontestablement le Recteur du village qui émaillait les trois messes dominicales de cantiques bretons. Ces chants religieux, composés par des prêtres ou des moines étaient de pures merveilles, tant dans leur mélodies que dans leurs paroles choisies pour relever le moral des pauvres gens. Les Paroissiens aimaient ces cantiques qui leur parlaient au coeur et les chantaient même en dehors des cérémonies tant ils s’adaptaient bien à la vie de tous les jours. Le patrimoine musical de la Bretagne est très riche et les enfants en étaient imprègnés dès leur plus jeune âge.

J’ai découvert les variétés en arrivant chez mes Parents qui disposaient d’un électrophone DUAL et d’une radio. Mais c’est avec ravissement que j’ai découvert un autre style de musique. La musique classique et la musique « légère » comme on disait alors. Les valses de Strauss, les concertos Brandebourgeois de Bach, les sérénades de Toselli et de Schubert etc… j’aurais pu rester des heures l’oreille collée au haut-parleur et j’apprenais par coeur le phrasé de chaque mélodie. Bien sûr, les chanteurs en vogue comme Dalida ou Enrico Macias avaient plus de succès auprès de mes amies, mais, peu importait. J’aimais toutes les musiques et j’aimais chanter. C’est ainsi qu’à 16 ans, malgré l’interdiction de Marie-Jeanne , ma mère, qui répétait à l’envi « passe ton bac d’abord », je me suis présentée au conservatoire de Boulogne sur mer pour y apprendre le solfège et le chant classique. Le Directeur du Conservatoire, d’abord surpris de voir arriver une adolescente, me fit confiance  et accepta de m’inscrire. La scène qui s’en suivit à la maison fut à la hauteur de ma désobéissance. Marie-Jeanne me menaça de représailles si je n’obtenais pas mon Bac, mais ne put  résilier mon inscription.

Pendant mon enfance je ne reçus aucune culture artistique. Dessin, peinture, sculpture étaient des arts dont j’ignorais tout, mais le patrimoine religieux de la Bretagne, offert à la vue de tous, à laissé de fortes empreintes en ma mémoire . Les grandes orgues et l’harmonium qui se prêtent si bien à la méditation, laissaient à l’enfant que j’étais tout le loisir de détailler les oeuvres d’art qui m’environnaient. Par la musique, j’ai appris à aimer la sculpture, puis la peinture, mais aussi le travail du bois réalisé sur le Maître-autel de l’église et dans le choeur. J’associais à chaque découverte un passage des mélodies du jour.

Rien n’a changé. Je reste une grande admiratrice des compositeurs de musique car, grâce à leur travail, des centaines d’enfants ont découvert comme moi le monde des arts et celui du rêve.